La genèse du prof…

Basée à Montréal, Ariane Girard est depuis quelques années, une ressource pédagogique recherchée dans le milieu du chant lyrique. Un projet de disque s’annonce pour la fin 2019, à suivre…

C’est en août 2013 que j’ai décidé de commencer à enseigner. Après un retour forcé d’Europe à cause d’un accident de chiro qui m’avait causé une double hernie discale, je travaillais depuis presque deux ans dans un salon de coiffure, parce que loyer il fallait payer… je me déplaçais avec une canne, j’étais en réhabilitation à l’Institut de Physiatrie du Québec, endroit où Dr. Yves Bergeron m’a soignée et redonnée la vie sans douleur chronique; j’avais fait une croix sur la carrière parce que j’avais alors 33 ans et j’étais persuadée que j’étais déjà trop vieille pour que la carrière puisse décoller telle que je l’avais toujours rêvé.  « Ça n’allait pas être mon tour dans cette vie-ci », une série de circonstances, de mauvaises rencontres, une grande voix compliquée, pas assez d’argent, toutes ces raisons m’avaient convaincue que je n’avais pas ma place dans le monde lyrique… mais la voix continuait de me fasciner et la mienne était encore loin d’être comprise entièrement.

De facto, je venais juste de rencontrer la prof qui m’avait enfin fait prendre conscience que je n’étais pas soprano, mais bien mezzo… eh ben…  Cette même prof qui m’avait dit de me mettre à enseigner, qu’enseigner me ferait mieux chanter et me rendrait responsable à comprendre mon instrument. Que j’avais de bonnes oreilles et que j’avais tellement chanté de mille et une façons que j’avais la capacité de diagnostiquer rapidement ce qui ne fonctionne pas dans une voix.

Enseigner? C’est pour les chanteurs frustrés. Enseigner? Faut avoir fait une grande carrière me semble… J’étais ni l’une ni l’autre, ni une chanteuse frustrée et je n’avais jamais eu une grande carrière… Qui étais-je pour prétendre vouloir devenir un prof de chant?

C’est alors que je me suis mise à chercher et lire: J’ai ouvert des livres d’anatomie, de technique vocale, ceux plus arides écrits par des ORL, sur les fonctions de bases, sur le souffle, la pression d’air, le contact des cordes vocales, le mécanisme des cartilages, les résonateurs, la langue, les voyelles pures, et plus je lisais, plus je me rendais compte que je ne connaissais RIEN.

Comment est-ce que j’avais réussi a faire des études universitaires et ne rien connaître à ce point?

J’ai commencé à enseigner sous les bons conseils de mon amie Julie Daoust qui, avec une grande candeur, m’a recommandée à quelques chanteurs amateurs, la VRAIE école d’enseignement. Celle où tu dois te casser la tête et trouver les images les plus claires possibles, finir par voir une certaine amélioration et développer une réelle passion pour l’enseignement. Tranquillement mon studio grandissait et des gens de mon âge, des collègues m’appelaient pour prendre des cours. À chaque fois, flabergastée, je disais oui avec la plus grande humilité. Plus j’enseignais, plus je comprenais ma voix, et plus je comprenais ma voix, mieux j’enseignais. Il y a là une réelle balance. Rien ne pourra jamais prouver qu’un chanteur ayant eu une grande carrière est un grand prof: C’est la pédagogie et la compréhension de la mécanique de l’instrument qui compte. Combien de masterclass avec de « grands chanteurs » sont du grand n’importe quoi!? Rares sont ceux capable d’expliquer clairement ce qu’ils font techniquement. À chacun son métier, right? Les plus grands chirurgiens ne font pas nécessairement les meilleurs profs, hum…

En ce moment, j’ai beaucoup de succès grâce à mon enseignement. La preuve irréfutable: mes élèves s’améliorent et gagnent leurs auditions, ils gagnent en confiance, ils aiment venir à leur cours parce que je les traite bien, parce qu’ils sont tous importants et uniques. J’offre un service personnalisé et orienté sur les besoins de chacun. J’ai plus d’une quarantaine d’élèves, presque tous des chanteurs professionnels ou de jeunes chanteurs en début de carrière. La vérité est que oui, on peut être et devenir un grand prof sans être frustré ou avoir eu une grande carrière, ça fait aussi partie du talent. Et vous savez quoi? Non, je ne chante pas au MET ou à la Scala, mais je sais chanter et j’ai tout plein de projets emballants pour la fin 2019 et 2020! 🙂 Ok, Ciao for now! 

Crédit photo: Kevin Calixte – Masterclass à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal 2018, Rose Naggar-Tremblay, mezzo, Holly Kroeker, piano

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